J’ai mentionné le besoin de contrôle de l’enfant avec un TOP dans l’article dédié au trouble de l’opposition avec provocation, mais je me suis dit qu’il était intéressant de creuser davantage cet aspect.
Car ce besoin de contrôle est plus qu’un besoin. C’est un mécanisme de survie.
Un enfant avec un trouble d’opposition (TOP) refuse tout ce qu’on lui demande, exige de tout décider et panique de façon violente lorsqu’il perd le pouvoir sur une situation. Et ce n’est pas un caprice, je vous l’assure. C’est un mécanisme de survie. On va décrypter tout cela ensemble.
Son cerveau interprète chaque limite comme une menace.

L’idée, c’est de ne pas entrer dans un rapport de force afin d’éviter toute escalade de conflit. Au contraire, on va l’aider à se sentir en sécurité afin d’apaiser son système nerveux, et par conséquent, ses réactions.
La bonne nouvelle, c’est qu’avec des stratégies adaptées, c’est possible. Et je peux vous assurer qu’après avoir lu et écouté les témoignages de familles dont le TOP d’un ou plusieurs de leurs enfants a agi tel un tremblement de terre, ça fait du bien de lire que c’est possible de les aider.
Ce que cache ce besoin de contrôle
Un cerveau en mode survie
Différents mécanismes cérébraux entrent en jeu pour expliquer cela.


Vous les reconnaissez peut-être si vous avez lu Rayures et Ratures 2, dans lequel j’ai consacré une partie entière aux changements cérébraux de l’adolescence.
Le cortex pré frontal.
Voyons le cortex pré frontal comme le chef d’orchestre du cerveau. Son rôle est d’inhiber les impulsions, évaluer les conséquences et planifier des actions. Il permet de réfléchir avant d’agir, même lorsque l’on est très en colère.
Le cortex pré frontal des enfants qui ont un trouble de l’opposition avec provocation est moins actif que celui des enfants qui n’ont pas de TOP (Dickstein et al., 2006).
Cela entraîne deux conséquences principales :
Le cortex pré frontal n’arrive pas à inhiber les impulsions, l’enfant a donc un comportement impulsif.

Son cortex pré frontal a également plus de mal à anticiper les conséquences d’une action avant qu’il ne soit trop tard.

L’amygdale.
Si le cortex pré frontal est le chef d’orchestre, l’amygdale est le détecteur de fumée d’un logement. C’est le système d’alarme du cerveau. C’est la zone des émotions fortes, qui détecte les menaces et active l’alarme lorsqu’il y a un danger. Le cerveau réagit alors de manière proportionnée au danger annoncé.
Chez un enfant qui a un trouble d’opposition avec provocation, l’amygdale est hyperactive (Rubia et al, 2008).

Le cerveau de l’enfant réagit alors comme s’il était en danger de mort. Il passe en mode survie, et son mode de survie c’est… la provocation, l’opposition, les crises et le besoin de contrôle.
ILLU : demande normale interprétée comme DANGER car on me force à faire quelque chose => amygdale envoie signal de panique au corps (coeur, muscles, etc), le CPF déjà sous actif ne peut pas calmer cette réaction => le cerveau déclenche une réaction de défense pour retrouver sa sécurité et garder le contrôle.
Le besoin de contrôle comme extincteur
Pour « éteindre » l’alarme de l’amygdale, l’enfant va utiliser le contrôle. C’est un peu comme si c’était son extincteur.
S’il décide de tout, il maîtrise la situation, et alors le danger disparaît. Il impose ses choix pour arrêter l’alarme qui sonne dans sa tête.

Le cercle vicieux du trouble d’opposition avec provocation
Sans le filtre du cortex pré frontal, toute demande est perçue comme une agression par l’amygdale. La solution de survie du cerveau de l’enfant, c’est de refuser ou de chercher à contrôler la situation. C’est, pour lui, le seul moyen de se protéger.
Puisqu’il ne peut pas non plus anticiper les conséquences d’une action (encore une tâche du cortex pré frontal), tout lui semble risqué. Le monde lui paraît dangereux. Tout décider lui-même devient alors pour son cerveau le seul moyen de limiter les risques.
Le problème, c’est que cette stratégie de contrôle fonctionne à court terme, ça le rassure, mais pas à long terme. Au contraire, à long terme, elle aggrave les choses. Les adultes réagissent (par la colère, la punition, etc) et cela renforce son sentiment de menace. L’amygdale devient encore plus sensible et l’enfant utilise sa béquille cérébrale pour tenir le coup : le contrôle.
Plus il contrôle, plus le monde lui semble dangereux, et plus il a besoin de contrôler…

Comment briser le cercle vicieux du contrôle dans le TOP ?
Si le cerveau de l’enfant ne perçoit que le contrôle comme stratégie de survie, on ne lutte pas contre. L’idée, c’est de lui donner l’illusion du contrôle, tout en réactivant son cortex pré frontal, et en essayant de réduire l’activation de l’amygdale.

Astuces pour la maison
- Proposer des choix limités ( « tu mets ton pyjama avant ou après le brossage de dents? » ) afin que le cerveau ait l’impression de garder le contrôle, mais dans un cadre sécurisant, sans que l’amygdale ne s’affole.
- Mettre en place des routines, claires et visuelles. La prévisibilité réduit l’anxiété, le cerveau réussit à anticiper ce qu’il va se passer.
- Réagir avec des conséquences logiques plutôt que des punitions. C’est ce qui va permettre à son cortex pré frontal d’apprendre le lien entre l’action et la conséquence sans se sentir attaqué. Par exemple, s’il jette son assiette par terre (étrangement un comportement fréquemment rapporté par les parents que j’ai interrogés), au lieu de le punir en le sortant de table, on lui explique que la conséquence, c’est qu’il va chercher de quoi ramasser et nettoyer, et il s’en charge. Action, conséquence.
- Valider l’émotion. C’est ce qui permettra de réduire l’activation de l’amygdale en lui montrant que la menace n’est pas réelle, mais l’émotion oui. Par exemple « Je vois que ça t’énerve quand je te demande blablabla. C’est normal et tu as le droit de te sentir comme ça. Mais c’est important de le faire pour (telle) raison. »
- Utiliser des objets sensoriels (qu’on appelle souvent fidgets), comme une balle anti-stress, un casque anti-bruit ou plein de petits objets à malaxer, tordre ou frotter. Ces objets vont aider l’enfant à s’apaiser sensoriellement, ce qui va réduire l’activation de l’amygdale.
Astuces pour l’école
- Donner un rôle de responsable à l’enfant pour une période donnée (une journée, une semaine, etc). Responsable des plantes, responsable de la distribution de crayon, peu importe. C’est tout bête, mais cela permet à l’enfant de contrôler une partie de son environnement et de réduire son anxiété.
- Créer un coin calme dans lequel des objets sensoriels sont à disposition. Cet espace lui permettra de reprendre le contrôle de ses émotions sans exploser. Ou d’exploser en sécurité, sans blesser quiconque et sans se blesser lui-même. Son amygdale peut ainsi redescendre en régime normal.
- Morceler les consignes. L’idée, c’est d’éviter que son cerveau soit submergé par une tâche trop grande. On peut également commencer avec l’enfant, puis l’encourager à continuer seul.
- Utiliser un thermomètre des émotions. On a souvent une roue des émotions afin d’identifier l’émotion qui le submerge, mais un thermomètre peut s’avérer bien utile pour accompagner l’enfant avec un TOP. L’idée, c’est d’aider l’enfant à prendre conscience de son état émotionnel (telle émotion est à 8/10 par exemple) puis de l’accompagner ou de réfléchir à comment réduire l’intensité à 5 afin qu’il se sente plus en sécurité. Il peut ainsi apprendre à réguler son amygdale (là encore, les objets sensoriels du coin calme peuvent aider).
- Enfin, éviter les punitions immédiates. Si l’enfant est en crise et qu’on le punit, l’amygdale qui est déjà complètement surchargée sera encore plus activée. Le sentiment de menace sera alors encore plus fort, et le comportement encore plus problématique voire violent. Attendre un peu que l’enfant se calme permet au cortex pré frontal de reprendre le dessus, pour ensuite pouvoir discuter de la conséquence à son action.
Avec le temps et toutes ces techniques, son cerveau apprendra à tolérer l’incertitude et à traverser les émotions sans paniquer et sans avoir recours au contrôle à chaque fois.
Les crises seront moins fréquentes et/ou moins intenses.
Je vous prépare deux articles spécifiques sur l’accompagnement des enfants avec un trouble d’opposition / provocation à la maison ainsi qu’à l’école. Pour très vite. En attendant, voici quelques ressources :
Pour aller plus loin sur l’amygdale, le cortex pré frontal, le cerveau :
The Whole-Brain Child » – Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson. Globalement, je recommande tous les ouvrages du Dr Siegel ! Ils sont complets tout en étant accessibles. En français, c’est « Le cerveau de votre enfant ».
Sur mon fidèle ami et compagnon de nombreuses soirées, j’ai nommé PubMed, vous trouverez l’étude de van Goozen et al. (2007) sur le lien entre l’amygdale, lecortisol et l’irritabilité.
Sur ce site (en anglais) Harvard’s Center on the Developing Child vous trouverez plein de ressources passionnantes sur le cerveau.









